Qu’est-ce qu’un géoregistre, et pourquoi est-ce essentiel ?
Un géoregistre consolide les informations de base dispersées dans différentes hiérarchies administratives, listes d’établissements et bases de données en une liste maîtresse unique et validée. Noms des structures de santé, types, coordonnées GPS, statut opérationnel, aires de desserte, rattachements administratifs… toutes ces données sont harmonisées dans une référence unique vers laquelle chaque système peut pointer.
L’impact est structurel. Lorsque les systèmes nationaux d’information sanitaire, les plateformes logistiques, les outils de surveillance des maladies et les applications de planification de campagnes s’appuient tous sur le même géoregistre, l’analyse croisée devient possible. Sans cela, les listes maîtresses d’établissements divergent progressivement entre bases de données, les coordonnées deviennent obsolètes, et les données censées orienter des investissements de santé de plusieurs milliards de dollars perdent en fiabilité.
En pratique, des pays comme la République démocratique du Congo, le Niger, le Cameroun et le Burkina Faso en ont fait l’expérience. En RDC, par exemple, plus de 12 sources de données issues de différents projets ont dû être fusionnées avant que la part des établissements de santé géolocalisés dans le système national d’information sanitaire puisse passer de 35 % à 80 %. Au Niger, plus de 1 800 coordonnées d’établissements de santé ont été collectées et réconciliées à partir des contributions de milliers d’agents de santé locaux. Il ne s’agit pas d’exercices ponctuels, mais de processus continus qui exigent des flux de données permanents et des mécanismes de validation réguliers.
Le défi de l’intégration
Les géoregistres n’existent pas en vase clos. Ils se situent à l’intersection de multiples systèmes :
- Les instances DHIS2 qui contiennent les données sanitaires de routine et les hiérarchies organisationnelles
- Les plateformes mobiles de collecte de données comme IASO ou KoboToolbox, où les agents de terrain soumettent des coordonnées GPS et des enquêtes sur les établissements
- Les catalogues de données satellitaires et géospatiales : OpenStreetMap pour le réseau routier, WorldPop pour la distribution de la population, Copernicus pour l’occupation des sols et le climat
- Les systèmes de gestion de campagnes qui ont besoin de listes d’établissements à jour pour générer des micro-plans
- Les outils de visualisation et d’analyse (Superset, Tableau, Power BI) qui transforment les données brutes en cartes et tableaux de bord pour les décideurs.
Chacun de ces systèmes possède son propre format de données, son propre cycle de mise à jour et ses propres modalités d’accès. Le géoregistre doit être capable de collecter les données de tous ces systèmes, de réconcilier les divergences, de renvoyer les mises à jour validées, et de le faire avec un niveau de fiabilité suffisant pour que les agents de santé comme les ministres puissent avoir confiance dans les résultats.
Il s’agit d’un problème d’ingénierie des données. Et dans des contextes à ressources limitées, où les capacités techniques sont restreintes et la connectivité parfois instable, cela nécessite une infrastructure conçue spécifiquement pour ces contraintes.
Comment OpenHEXA s’intègre dans cet écosystème
OpenHEXA est une plateforme open source d’intégration de données conçue précisément pour ce contexte. Pensée pour relier les systèmes opérationnels de santé aux outils modernes de gestion des données, elle fournit l’infrastructure de pipelines qui maintient les géoregistres connectés à l’écosystème de données élargi.
Concrètement :
- Des pipelines automatisés extraient les données des établissements depuis des instances DHIS2, les fusionnent avec les résultats d’enquêtes issus de IASO, les enrichissent avec des estimations de population provenant de WorldPop et des données routières d’OpenStreetMap, puis publient les résultats consolidés dans des tableaux de bord de visualisation, le tout de manière planifiée, avec journalisation et gestion des erreurs intégrées.
- Un modèle d’espaces de travail permet à chaque pays ou projet de disposer de son propre environnement, avec des connexions gérées vers des bases de données, des espaces de stockage et des ressources de calcul. Les équipes data peuvent écrire des notebooks Python ou R dans JupyterHub, créer des modèles de pipelines réutilisables et exécuter des processus ETL complexes sans avoir à gérer l’infrastructure sous-jacente.
Une interopérabilité native. OpenHEXA se connecte directement à DHIS2, IASO, PostgreSQL et à un ensemble croissant de connecteurs.

Tableau de bord des interventions du PRAPS utilisant GeoNode. Les pipelines de données OpenHEXA ont été appliqués pour gérer des flux de travail de données complexes.
En RDC, OpenHEXA sert de principale plateforme d’intégration de données pour le Centre d’Opération des Urgences de Santé Publique (COUSP), consolidant les données de surveillance issues de multiples instances DHIS2 et d’autres sources pour la réponse aux épidémies. Au Cameroun, la plateforme alimente les pipelines derrière la carte nationale des établissements de santé, en extrayant les données de DHIS2 et en produisant les tableaux de bord utilisés par les autorités sanitaires pour l’allocation des ressources. Pour l’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio, elle intègre les données d’épidémies et de campagnes provenant de 68 pays dans un environnement géospatial unique.
Du mapping ponctuel à la gestion continue des données
L’approche traditionnelle de la cartographie des établissements de santé repose sur des enquêtes coûteuses et intensives en ressources, menées tous les quelques années — et qui deviennent obsolètes presque aussitôt terminées. Un modèle plus durable considère le géoregistre comme un système vivant, mis à jour en continu grâce à la collecte de données de routine, à la validation sur le terrain et à des pipelines automatisés.
C’est là que la combinaison d’une plateforme de géoregistre comme IASO et d’une plateforme d’intégration comme OpenHEXA devient puissante. IASO prend en charge le travail de terrain : collecte mobile, gestion des demandes de modification, validation à plusieurs niveaux et synchronisation bidirectionnelle avec DHIS2. OpenHEXA gère l’arrière-plan : fusion des jeux de données, contrôles qualité, calcul des modèles d’accessibilité, génération de rapports automatisés et réinjection des résultats dans les systèmes utilisés quotidiennement par les agents de santé.

Accessibilité aux services de santé produite avec AccessMod (Burkina Faso). Les couleurs du raster représentent le temps nécessaire, en minutes, pour atteindre le prestataire de soins le plus proche. L’acquisition et le traitement des données sont réalisés via OpenHEXA.
Chaque campagne de vaccination, chaque enquête sur les établissements, chaque correction de limite administrative devient une opportunité d’améliorer le géoregistre. Et grâce à l’automatisation des flux de données, ces améliorations se propagent immédiatement à l’ensemble des systèmes connectés.
Au Cameroun, cette boucle de rétroaction a soutenu plus de huit campagnes de santé depuis 2023, chaque campagne s’appuyant sur les données géospatiales établies par la précédente et les affinant. Au Niger, la collecte annuelle des données structurelles alimente désormais directement le géoregistres via des pipelines automatisés, remplaçant les mises à jour ponctuelles dépendantes de projets spécifiques.
Une perspective plus large : souveraineté des données et appropriation locale
Une plateforme d’intégration de données pour les géoregistres est aussi un outil de gouvernance. Lorsque les pays possèdent leur infrastructure de données, ils contrôlent la circulation des données, les processus de validation et les usages qui en sont faits. OpenHEXA permet un hébergement local (le ministère de la Santé du Niger exploite sa propre instance sur des serveurs gouvernementaux) et est conçu pour que les équipes nationales puissent gérer et faire évoluer leurs pipelines de manière autonome dans le temps.
C’est essentiel, car les géoregistres sont des objets intrinsèquement politiques. Ils déterminent quels établissements figurent dans le registre officiel, quelles communautés relèvent de quelles aires de desserte et comment les ressources sont distribuées. La technologie qui gère ces informations doit être transparente, auditable et placée sous le contrôle des institutions responsables.
Si vous travaillez sur la cartographie des établissements de santé, la gestion de listes maîtresses d’établissements ou la planification de campagnes dans un contexte de pays à revenu faible ou intermédiaire, et que vous êtes confronté à des données fragmentées entre plusieurs systèmes, OpenHEXA peut être la solution pour connecter les différentes pièces du puzzle.
La plateforme est open source, conçue pour les contraintes des systèmes de santé à faibles ressources, et déjà déployée en production dans neuf pays d’Afrique subsaharienne.
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